Décryptage : Emmanuel Macron, ses propositions culturelles et sa vision de la société

A l’occasion de la diffusion officielle du programme du candidat Macron le 2 mars, nous effectuons une mise à jour de ce décryptage pour analyser notamment la concordance entre les propositions culturelles du mouvement En marche ! et les axes de notre Appel #AuxSons pour la diversité culturelle et musicale.

Les propositions pour la culture d’Emmanuel Macron se répartissent en six objectifs à atteindre :

  • Développer l’éducation culturelle pour laquelle il avait exposé les mesures concernant l’élargissement des plages horaires des bibliothèques, le pass culture pour les jeunes,
  • Adapter la culture à l’enjeu du numérique,
  • Renforcer la politique culturelle à l’échelle européenne,
  • Rééquilibrer le partage de valeurs entre les créateurs et les grandes plateformes, ce qui rejoint la question de l’adaptation au numérique,
  • Valoriser le patrimoine français,
  • Assurer l’indépendance des médias.

A travers l’ensemble du discours d’Emmanuel Macron sur la culture, il apparaît que le candidat propose une vision de la culture en faveur de la création sous toutes ses formes et pour tous les acteurs. A la lecture de son programme culturel disponible sur son site officiel de campagne, nous pouvons déjà rendre compte d’une terminologie choisie : il fait apparaître à plusieurs reprises l’expression de diversité culturelle. Rappelons ici qu’Emmanuel Macron avait créée une certaine polémique lors de son discours à Lyon déclarant « qu’il n’y pas de culture française mais une culture diverse en France”, chez les défenseurs d’une vision de la culture très nationale et élitiste. Dans son programme officiel, il semble réaffirmer cette position en intégrant la diversité culturelle dans presque chacun de ses objectifs pour la culture.

E.Macron aborde la diversité culturelle comme une des victimes de la transformation numérique qui fragilise l’édifice de soutien à la création artistique. Les GAFA doivent dès lors contribuer à une juste rémunération des artistes par leur imposition. Son programme culturel intègre aussi une “réinvention de la politique culturelle” qui “devra s’adapter à la réalité du numérique (…) et s’ouvrir à la diversité”. Il entend ici encadrer les nominations des directeurs dans le secteur culturel, notamment sur la question de la parité homme-femme. Il affiche de plus une volonté de soutenir la francophonie en renforçant ses institutions. Mais la préservation de la diversité culturelle passe avant tout chez Emmanuel Macron par l’évolution du modèle de soutien à la création. Il entend investir dans les industries créatives et culturelles et pérenniser le statut de l’intermittent. Cependant, il convient de noter que les propositions réelles quant au soutien à la création sont floues et peu enclines à développer effectivement la pluralité dans la culture.

Quant à la liberté de circulation des artistes, développée dans le quatrième axe de l’Appel pour la diversité culturelle et musicale, Emmanuel Macron propose de créer un Erasmus des professionnels de la culture. Cependant cette mesure s’inscrit dans un cadre uniquement européen, or les artistes connaissant des difficultés pour circuler ou faire circuler leurs oeuvres sont principalement issus de pays non inclus dans la zone européenne. La campagne #AuxSons rappelle que la liberté de circulation des artistes et des personnes en général, ne devrait être conditionnée, comme toute liberté constitutive de la dignité humaine, à aucun critère d’origine ou de nationalité.

Emmanuel Macron aborde la question du soutien à la création artistique, le troisième axe de l’Appel pour la diversité culturelle et musicale, sans pour autant fournir de propositions très concrètes. La liberté de circulation des artistes est mentionnée par sa mesure d’Erasmus pour les artistes. La campagne #AuxSons défend cependant cette liberté pour l’ensemble des artistes et non uniquement pour les artistes européens. Il faut de plus noter que la loi du 7 mars 2016 sur le droit des étrangers en France a créé le Passeport talent, un titre de séjour pluriannuel accessible notamment aux artistes-interprètes quelque soit leur nationalité. Enfin, Emmanuel Macron propose un programme économique assez libéral et fait très peu mention des valeurs de l’économie sociale et solidaire, dont nous défendons les valeurs.

 

Emmanuel Macron vendredi 27 janvier 2017 dans le studio de France Culture• Crédits : Olivier Helle – Radio France

 

Dans l’attente d’une diffusion complète de son programme dévoilé le 2 mars prochain, Emmanuel Macron, leader du mouvement “En marche !” et candidat à la présidentielle, a pu exposer ses mesures pour la culture lors de son intervention dans l’émission Les Matins de France-Culture le 27 janvier dernier. Il aborde sur son site officiel de campagne, les trois points principaux de ses propositions pour la culture, à savoir l’accès à la culture, le maintien d’un environnement de création français et un marché numérique européen. Tout programme culturel s’inscrit dans une vision plus large de la société et du monde, qui transparaît dans certains propos d’Emmanuel Macron choisis ici.

 

Sur la diversité culturelle, l’identité collective et la circulation internationale

    A l’occasion de son discours du 4 février lors de son meeting à Lyon, le candidat du mouvement “En marche !” s’est positionné quant à sa vision de la diversité culturelle en France, qu’il perçoit comme une “formidable richesse”: “Il n’y a (…) pas une culture française, il y a une culture en France, elle est diverse, elle est multiple.” Il précise de plus à cette occasion qu’il ne prône pas pour autant un modèle multiculturaliste.

Dans un monde où des politiques radicales arrivent au pouvoir, où les discours extrémistes prennent de plus en plus de place, E.Macron veut s’opposer à ce qu’il appelle “l’hyper simplisme” c’est-à-dire la réduction de la compréhension du monde à une émotion extrême : “la haine, la peur, le replis sur soi”. C’est pour le candidat “le début de la défaite de la pensée”. Macron décrit une mondialisation extrême, interactive et complexe et s’oppose donc à une réponse simpliste : “je tiens à la complexité du monde (..) il faut d’abord l’appréhender”. Sa vision de l’Histoire et de l’identité collective s’inscrit elle aussi dans la nécessité de prendre en compte une certaine complexité, ce qu’il appelle les “profondeurs de l’Histoire”, notamment sur la question polémique de la colonisation où le candidat énonce vouloir reconnaître une responsabilité de l’État français tout en prenant en compte les éléments de civilisation et appelle à ne pas refouler notre passé.

Sur la liberté de circulation des personnes, Emmanuel Macron n’a avancé à ce jour aucune proposition. Cependant il semble se positionner en faveur d’une politique d’accueil plus souple. Ce serait “un devoir” de la France. “Je suis aux côtés des gens qui fuient les guerres et les persécutions. Je suis aux côtés des gens qui défendent nos valeurs » pouvait-on lire sur son compte Twitter suite au décret anti-immigration du Président Donald Trump.

Sur ses propositions culturelles
L’accès et l’éducation à la culture

L’axe principal de la politique culturelle d’Emmanuel Macron est l’accès à la culture. L’instauration d’un pass culturel pour tous les jeunes de 18 ans à hauteur de 500 euros en est une des mesures phares. Ce pass permettra aux jeunes d’acheter du contenu culturel par le biais d’une plateforme et sera financé par un modèle de redistribution appliqué aux GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon). Le candidat s’inspire de la mesure italienne mise en place il y a six mois et dont l’un des objectifs est de lutter contre la radicalisation des jeunes italiens. L’accès à la culture sera de plus amplifié grâce à l’élargissement des horaires des bibliothèques, le soir et le week-end, permettant à chaque étudiant de bénéficier d’un lieu propice au travail.

Enfin, il aborde une troisième mesure de sa politique de démocratisation de la culture en avançant un renforcement de l’éducation artistique à l’école notamment par le soutien aux projets éducatifs co-gérés par les autorités locales, écoles, associations et conservatoires. Il cite à titre d’exemple les Music education Hubs britanniques, autrement dits les centres d’éducation musicale, établis en 2012, financés par le ministère de l’éducation et chapeautés par le Conseil des Arts.

Un budget constant pour la culture

Le candidat estime le coût de ces mesures à 200 millions d’euros par an. Il prévoit des redéploiements et un maintien du budget de la culture. Pour restructurer le budget, Emmanuel Macron compte sur la participation des GAFA, notamment par un encadrement européen de ces géants du net. Ainsi le dernier point des propositions culturelles d’Emmanuel Macron, comme d’autres candidats, concerne un marché numérique unique à l’échelle européenne afin de créer un droit mondial du numérique. “Je veux que ces grands acteurs du numérique, d’abord s’astreignent aux règles des communs. Quand on a un commun il faut le financer, ils doivent donc payer l’impôt comme les autres, et là j’y veillerai. On a commencé à le faire au niveau national, il faut le faire au niveau européen.(…)je veux qu’ils puissent co-financer la politique d’accès à la culture que je veux porter”.

Les propositions pour la culture d’Emmanuel Macron restent globalement assez peu développées à ce jour et s’annoncent comme des mesures pragmatiques. On peut noter un vision plurielle de la culture par le candidat et l’absence de certaines thématiques tels que les droits culturels.

Sources: Émission Les Matins de France-Culture le 27 janvier 2017. La synthèse “les premières propositions cultures” sur le site de campagne En Marche.fr.

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