La culture selon François Fillon : le patrimoine, l’héritage et la culture française

Le candidat du parti Les Républicains vit une campagne houleuse, où sa légitimité même à candidater à l’élection présidentielle est remise en cause. Si l’on écarte les nombreux scandales qui ternissent sa campagne et nuisent au débat de fond sur ses idées politiques, que nous dit François Fillon de son programme ? Et plus spécifiquement, qu’en est-il de son programme culturel ? Si la gauche traite traditionnellement le thème de la démocratisation de la culture, la défense du patrimoine semble être une préoccupation récurrente de la droite. Dès lors, le candidat Fillon nous propose-t-il un programme culturel innovant ou s’inscrit-il dans la continuité d’une conception traditionnelle de la culture ? Quelle est sa vision de la diversité culturelle ?
Il faut souligner que la participation d’un représentant du parti Les Républicains au Grand Débat du Babel Med Music (17/03/2017) organisé par Zone Franche aurait pu nous éclairer sur cette question. Malheureusement, aucune de nos sollicitations n’a aboutie.

Une vision traditionnelle de la culture

Sans grande surprise, le programme de François Fillon s’oriente sur la préservation du patrimoine national mais aussi la réduction de la fracture territoriale. “Cette fracture constitue une menace pour une cohésion nationale fragilisée par le chômage de masse, la précarité et l’échec de la politique d’immigration.” Moins en faveur d’une décentralisation de l’action culturelle aux collectivités territoriales, le candidat des Républicains veut rendre plus visible la politique culturelle de l’État en région. Il prévoit de lutter contre les déserts culturels – expression décidément récurrente dans les programmes des candidats – , augmenter la pratique de la lecture et soutenir la création et le spectacle vivant de la culture française. Comme mesure concrète, il propose de relier les établissements culturels de Paris et acteurs locaux pour créer des partenariats en région comme par exemple les antennes régionales du Centre Pompidou et Le Louvre. Notons ici que pour François Fillon, Paris reste dans tous les cas le centre duquel la culture se répand sur les territoires français arides d’expressions artistiques. François Fillon prône de plus l’élargissement des plages horaires des établissements culturels en utilisant la force de travail miraculeusement mise à disposition des bénévoles et services civiques. Enfin il prévoit le soutien aux librairies indépendantes.

Son programme culturel débute par l’importance de l’éducation artistique et culturelle, il entend en effet renforcer la place de l’histoire de l’art dans l’enseignement de l’histoire générale et promouvoir la pratique musicale collective dans les écoles, à l’image de programmes entrepris dans nos pays voisins.

François Fillon souhaite ensuite “agir pour le patrimoine” afin de “renforcer le sentiment d’appartenance des français à une histoire commune”  grâce notamment, à l’augmentation du budget (400 millions d’euros/an) pour lutter contre la dégradation des monuments et objets d’art (une augmentation de 73 millions d’euros par rapport à 2016) et permettre de seconder les collectivités territoriales dans ce rôle. Il prévoit également d’élargir les missions de la Fondation du Patrimoine et d’augmenter l’implication des FRAC dans des expositions dans les lieux publics (mairies, hôpitaux, lieux de passage).

Un pôle de soutien à la création française

François Fillon souhaite défendre la création française en luttant contre le piratage et la concurrence internationale. Il envisage une politique européenne préservant la notion  “d’exception culturelle” pour soumettre les grandes plateformes en ligne (contenu à la demande ou abonnement) aux mêmes obligations que les chaînes de télévisions nationales en matière de création. Pour protéger les droits d’auteurs, le candidat du parti Les Républicains veut renforcer la loi Hadopi et moderniser le droit de la propriété intellectuelle pour l’adapter à la révolution numérique, cela passe alors selon lui par la responsabilisation des intermédiaires techniques de contenu numériques et moins les hébergeurs.

Le soutien à la création française serait assuré par le maintien du régime de l’intermittence : “Le régime des intermittents joue en France un rôle fondamental en faveur de la création et de la diversité culturelle”. Il souhaite toutefois en exclure toute forme d’emploi permanent pour assurer la pérennité du régime.  Il prévoit par ailleurs l’accompagnement de la création de 1 000 pépinières d’artistes sur le territoire en partenariat avec les collectivités territoriales. Concernant le soutien au spectacle vivant, les spectacles subventionnés seront soumis à un nombre minimum de représentations afin d’augmenter leur diffusion, axe négligé selon lui au profit de la création. Enfin, l’État “soutiendra l’accueil et l’aide aux jeunes createurs et artistes du monde entier, afin de valoriser l’attractivité de la culture française et en assurer le rayonnement durablement dans le monde.” Monsieur Fillon  semble  envisager l’accueil des artistes étrangers comme un outil de la diplomatie culturelle à sens unique, et non pour valoriser la diversité des cultures en France.

Cette mesure souligne plus largement la vision d’une culture française dominante voire dominatrice, très éloignée du principe d’égale dignité des cultures défendus par notre axe de campagne relatif au respect des droits culturels (enjeu numéro 2 de notre Appel pour la diversité culturelle et musicale).

Une vision figée et repliée de la culture française

Dans le programme culturel du candidat républicain, nous ne trouvons donc pas mention des droits culturels et ni celle de la diversité culturelle.  Les mesures prônées par le candidat ont pour objectif de soutenir le rayonnement d’une culture française figée et idéalisée. L’ensemble du programme du candidat illustre un repli national certain : fermeture des frontières, politique d’assimilation, défense du patrimoine français. L’enjeu n°5 de notre Appel en faveur d’échanges internationaux équitables entre le Nord et le Sud semble donc avoir peu d’avenir sous un quinquennat Fillon.
Lors du second tour de la primaire de la droite, François Fillon a dû répondre à la question “La France est-elle une nation multiculturelle ?” : « La réponse est non. La France a une histoire, une langue, une culture. Cette culture et cette langue se sont enrichies des apports de populations étrangères mais ça reste la base, le fondement de notre identité ». Il affirme alors le choix d’une vision politique d’intégration, en opposition aux modèles multiculturalistes anglo-saxons notamment. Il demande le respect de l’héritage culturel français ce qui souligne une vision conservatrice de la société où le dialogue interculturel et l’expression des identités culturelles qui la composent n’ont pas leur place. Le candidat du parti Les Républicains s’oppose ainsi au premier axe de l’Appel #AuxSons : celui de la valorisation des richesses de la diversité culturelle en France.

Sur la politique d’immigration, François Fillon rappelle que la France n’a pas besoin d’une population migratoire pour soutenir sa croissance – grâce à un taux de fécondité le plus haut d’Europe – et que sa capacité d’accueil est saturée (chômage, déficit budgétaire…). Il veut ainsi renforcer le contrôle des flux migratoires. Il souhaite autoriser les statistiques d’origine et instaurer des quotas par année, fixés par le Parlement, qui autoriseraient un certain nombre de personnes à migrer en France. Le candidat veut de plus limiter l’accès des étrangers aux prestations sociales : l’accès est conditionné à deux ans de résidence régulière en France. L’espace Schengen sera en outre réformé pour faciliter le rétablissement des contrôles aux frontières. Enfin, l’acquisition de la nationalité française est subordonnée à une démarche d’assimilation. Un enfant né sur le territoire français de parents étrangers pourra choisir l’acquisition de la nationalité française à sa majorité mais ne l’aura pas du fait du droit du sol. Les propositions du candidat Fillon sous-entendent que la migration et la circulation des personnes constituent une menace. Le rétablissement des frontières au sein de l’espace Schengen équivaudrait à sa remise en cause. Elles s’opposent à une vision ouverte et positive de la circulation des personnes, et plus spécifiquement, de notre souhait d’instaurer une libre circulation des artistes et de leurs oeuvres. 

Enfin, François Fillon intègre dans sa partie France Solidaire la coopération avec le secteur de l’Économie Sociale et Solidaire : il prévoit des conventions partenariales pluriannuelles afin que les structures de l’ESS puissent bénéficier d’un soutien stable et continu. Il entend encourager les initiatives solidaires et accompagner les associations humanitaires, professionnelles ou de proximité. Cette mesure semble cependant peu développée et non précise.

 

La vision de la société française selon François Fillon paraît donc bien conservatrice, avec la volonté de soutenir une certain héritage français idéalisé. Patrimoine, héritage et culture française sont les terminologies phare de son discours culturel. Il laisse peu de place à la diversité, que ce soit dans ses propositions pour la culture ou pour ces mesures globales.