Les propositions pour la culture de Benoît Hamon

Le candidat du Parti socialiste à la présidentielle, Benoît Hamon, présente un programme culturel assez complet et détaillé, intégrant, selon son site de campagne, la construction d’une “République bienveillante et humaniste”. A travers son communiqué du 10 janvier dernier, il résume ses principales mesures pour le secteur culturel : accès à la culture, décentralisation culturelle, solidarité, liberté des médias et imposition des géants du net,  son programme tend à présenter une vision non élitiste de la culture. Attentif au secteur musical, le candidat socialiste, qui propose sa playlist sur son site de campagne, a profité des Victoires de la Musique pour exposer plus précisément ses propositions concernant le secteur.

© Pascal Sittler/REA

Ses propositions générales pour la culture : nouveau cadre et accès à la culture

Benoît Hamon donne d’abord un cadre général à son programme culturel. Il propose ainsi de rehausser le budget alloué à la culture à 1% du PIB ; et non  1 % du budget général de l’État comme le proposent la plupart des candidats. Il exprime la volonté d’un rééquilibrage entre collectivités et État, et d’une protection de l’artiste en créant un statut spécifique par le biais du modèle de l’intermittence. Fidèle aux principes de la gauche socialiste, B.Hamon met l’accent sur la démocratisation de la culture. Avec son programme “Arts pour tous à l’école”, il prône une réhabilitation des Arts à l’école par une concertation commune des collectivités locales et des ministères de l’éducation et de la culture. L’accès à la culture sera de plus favorisé par la mise en place d’un passeport culturel pour les jeunes.

Benoît Hamon se veut attentif aux évolutions technologiques et sociétales qui impactent naturellement le secteur culturel. Il aborde le sujet d’une offre légale du contenu numérique et d’une juste rémunération des artistes. Il affirmait sur la radio France Inter le 27 février dernier la priorité de mettre à contribution les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) en les soumettant à l’imposition. Dans ce cadre, la politique européenne aura un rôle important à jouer, il réaffirme par ailleurs les principes de l’exception culturelle.

Le candidat se dit attentif à la filière des jeux vidéos et celle du cinéma pour laquelle il veut continuer à garantir le soutien à la création et permettre une TVA réduite. Concernant le secteur musical plus spécifiquement, B.Hamon annonçait vouloir créer une maison commune de la musique, sans pour autant donner plus de détails sur le rôle et fonctionnement de celle-ci. Enfin, le candidat à la présidentielle associe son programme culturel à une loi sur la liberté des médias. Il désire réformer le système de financement pour garantir une information libre et de qualité. Il tient de plus à réformer la télévision publique en supprimant la publicité et en réinternalisant les programmes.

B.Hamon défend donc un droit à la culture – par l’éducation, le numérique ou encore la Télévision publique – il énonce aussi défendre les droits culturels des personnes. Définis dans les textes internationaux, les droits culturels regroupent l’ensemble des références par lesquelles une personne se définit, exprime son humanité, et sont partie intégrante de la dignité humaine. Benoît Hamon, comme Arnaud Montebourg, candidat à la primaire socialiste, entend alors appliquer les droits culturels tels que reconnus dans la loi NOTRe (Nouvelle organisation territoriale pour la République) et la loi Création (LCAP).

Axe majeur de la l’Appel #AuxSons pour la diversité culturelle et musicale, le respect des personnes et de leurs droits culturels implique que chacun ait le droit d’exprimer son identité culturelle et d’avoir accès à celle des autres dans le but de mieux faire humanité ensemble. Leur mise en oeuvre permettrait alors la promotion de la diversité des expressions culturelles et modifierait une conception classique et française de la notion de culture.

Une vision plurielle et solidaire de la culture

A la différence de la majorité des autres candidats, B.Hamon développe certains points novateurs permettant l’épanouissement d’une culture plurielle. En défendant une République humaniste dans le climat de crispation et de repli identitaire que nous connaissons, B.Hamon affirme que “la diversité est une richesse”. Il rejoint ainsi le premier axe de l’Appel #AuxSons qui demande la valorisation des richesses de la diversité culturelle, mais cette affirmation se vérifie-t-elle dans les mesures du candidat socialiste ?

La liberté de circulation des artistes

Concernant la circulation des personnes, l’immigration et le droit d’asile, Benoît Hamon prône de manière générale une politique d’accueil plus souple : une meilleure  intégration des demandeurs d’asile et le droit de vote des étrangers aux élections locales. B.Hamon s’engage pour la diversité en prônant l’ouverture sur le monde et les cultures du monde. Concrètement, la proposition n°35 de son programme concerne la création d’un Visa Artiste qui s’appliquerait aux artistes et intellectuels. Il indique que ce visa permettra de faciliter les échanges des artistes internationaux pour des collaborations artistiques  ponctuelles. Le but semble aussi de répondre à un devoir d’asile pour les artistes et intellectuels persécutés au sein de leur pays. Il déclarait à l’occasion des Victoires de la musique et de ses propositions pour le monde de la musique : “Il n’y a pas de création culturelle dans le repli frileux sur des identités racornies. Là où certains considèrent que ce repli serait une protection, nous proposons une autre idée du monde. Nous devons agir concrètement pour la libre circulation des artistes et des intellectuels, en accueillant par un visa spécifique les artistes étrangers, et pour porter haut et fort notre devoir d’asile pour les créateurs persécutés au nom de leurs œuvres.” Sur la libre circulation des artistes, Benoît Hamon semble donc mélanger au sein d’un même statut les personnes persécutées (droit d’asile) et les artistes invités pour les événements culturels. Or la question de l’accueil des artistes réfugiés en France et le moyen de faciliter la venue ponctuelle d’artiste pour des événements ne relèvent pas du même ressort.

Si cette proposition nécessiterait d’être affinée, il faut noter qu’elle rejoint le quatrième axe de l’Appel #AuxSons pour la diversité culturelle et musicale défendant la libre circulation des artistes et de leur oeuvres. Elle va dans le sens d’une perception de la mobilité des personnes, non pas comme une menace mais comme une richesse.

Culture alternative et Economie sociale et solidaire

B.Hamon se dit favorable au soutien des structures dites alternatives de la culture, notamment du secteur musical. Il semble dire que la diversité des organisations permet de répondre à des publics différents et est donc vecteur de diversité culturelle. “Qu’est-ce qu’un lieu d’art qui n’invente plus, qui ne considère pas les identités culturelles de ses publics existant ou potentiels ? De nombreux acteurs nous interpellent sur la formidable opportunité que représentent l’art et la culture dans l’espace public ou sur le foisonnement qu’on peut trouver dans de nouvelles fabriques de culture ou des espaces mobiles et innovants. Le monde de la musique avec ses salles, ses festivals, ses cafés, nous montre le chemin.” Le candidat socialiste propose alors d’étendre les Fabriques de Culture à l’ensemble du territoire français. Dispositif ayant fait ses preuves en Île-de-France depuis 2012, les Fabriques de Culture permettent notamment de subventionner des projets, collectifs et lieux alternatifs de création, et ainsi développer sur tout le territoire une culture plurielle.

Ces Fabriques de Culture, par leur fonctionnement souvent alternatif et participatif, sont aussi un moyen de favoriser le développement de l’économie sociale et solidaire et les valeurs portées par celle ci. Benoît Hamon propose notamment la conception de l’Acte II de l’économie sociale et solidaire afin de doubler sa part dans l’économie française à horizon 2025. Il est le candidat d’“une économie altruiste” dans laquelle il voit “une nécessité”. Cette vision de la société rejoint celle défendue dans le 6ème axe de l’Appel #AuxSons, à savoir une communauté de citoyens égaux respectant les identités culturelles, et s’appuyant sur des valeurs de solidarité, de partage et démocratie.

Une diplomatie par la culture ?

Le rayonnement de la culture française à l’étranger est une réflexion récurrente des programmes culturels des politiques. Benoît Hamon ne déroge pas à la règle et propose la création d’un Pavillon de la langue française. Ce nouvel outil permettra de promouvoir la culture et la langue française. Le candidat développe cette proposition dans un entretien accordé au journal Les Inrockuptibles. La diffusion, les évolutions de la langue et plus généralement la francophonie s’affiche à cette occasion comme l’un des enjeux majeurs du candidat. Ce “palais de la langue française” permettra aussi de promouvoir le multilinguisme à l’heure de la mondialisation. On peut donc sûrement espérer une définition plurielle de la francophonie.
Certaines propositions du candidat socialiste pour la culture et sa vision politique globale semblent donc correspondre sur plusieurs points aux axes défendus dans l’Appel pour la diversité culturelle et musicale : une culture plurielle, ouverte sur le monde, accessible au plus grand nombre et sensible aux valeurs de l’économie sociale et solidaires.

Sources :

 

Ils sont déjà 2386 à avoir signé l’Appel, et vous ?