Odile Lecour – Les voies du chant

1. Quel est votre métier et en quoi consiste t-il ?

Je suis la directrice et la fondatrice de la Maison du Chant qui est un lieu de transmission (cours particuliers, ateliers, chorales, stages) de diffusion (concerts) d’accompagnements d’artistes (Enco de Botte, les Dames de la Joliette, ensemble Ithaque, Maluca Beleza …) participation à différents collectifs d’organisations de festivals et concerts (les POC, Jazz sur la Ville, Caravansérail …) et la cabine de pilotage du festival De Vives Voix, tout ceci autour de la voix, des voix. L’association étant très petite je suis opérationnelle dans tous les domaines ce qui
me permet de varier les plaisirs.

2. Qu’aimez-vous dans ce métier ?

Je vis ce métier comme un acte créatif et militant, j’ai l’immense chance et le pouvoir de faire avancer les choses, à la hauteur de mes possibilités mais avec des petites actions quotidiennes qui demeurent importantes à leur échelle. Transmettre est la plus belle chose, à mon sens, qui existe et permettre à des artistes d’ici et d’ailleurs d’exister et de s’exprimer est un formidable moteur. Ne jamais baisser la voix, cela va devenir de plus en plus crucial. Je côtoie jours et nuits des personnes qui se donnent le plaisir de chanter et d’autres qui se nourrissent en les découvrant.

3. Que représentent pour vous les musiques du monde (artistiquement, philosophiquement) ?

Il est difficile aujourd’hui, surtout en travaillant à Marseille de faire un distinguo entre les musiques du monde et les autres, même les musiques dites savantes viennent du monde, le jazz, les musiques sacrées, on est en plein carrefour. On trouve dans chaque création la couleur, les parfums, les sonorités du monde, qu’il soit proche ou lointain, qu’il soit propre à une région et plus près de la tradition ou plus contemporaine ou urbaine. La musique vit et circule dans le monde c’est une évidence incontournable et l’ignorer serait une grossière erreur qui réduirait considérablement le spectre musical. On a la chance aujourd’hui de voyager avec la musique, avec la gastronomie, avec la littérature, avec tous ces médiums, c’est la plus belle et plus efficace façon de rencontrer l’autre et d’en apprécier ses différences.

4. En quoi votre profession et Zone Franche vous permettent-ils d’être un outil de la diversité culturelle ?

L’information qui circule au sein du réseau, les tables rondes et débats organisés, les lieux où on se retrouve (Babel Med, Womex etc…) et les projets internationaux nous permettent d’être au cœur de la diversité culturelle et d’en appréhender les points positifs et négatifs. Les réflexions poursuivies et les actions engagées par le réseau facilitent l’avancement des projets et apportent souvent la réponse pour franchir les obstacles, par exemple l’accueil d’artistes étrangers ou l’organisation de tournée. On a été plusieurs à avoir un coup de cœur pour Yuma le printemps dernier à Tunis et j’ai beaucoup apprécié de participer à leur invitation en France.

5. Quel est le problème aujourd’hui dans votre secteur ?

Je ne pense pas que le problème soit spécifique aux musiques du monde mais bien présent hélas dans le secteur de la musique et de la culture en générale. Il y a d’une part le problème du zapping permanent qui fait que le public survole les productions et ne va pas forcément dans les salles découvrir et écouter et qu’il y a beaucoup de choses qui circulent mais ne font qu’un passage éphémère dans le paysage musical. Difficile pour un groupe de s’imposer et de franchir le 1er seuil de la reconnaissance. Les médias font part belles aux grosses productions qui génèrent du chiffre mais pas grand chose pour les artistes émergents, particulièrement en musique du monde. Nous avons beaucoup à craindre de nos institutions qui semblent vouloir uniformiser la culture et balayer tout ce qui peut avoir la moindre couleur exotique ; particulièrement dans des secteurs comme PACA où se retrouvent beaucoup de communautés dérangeantes. Marseille a beau être la capitale de la culture alternative il n’en est pas moins que nous avons de plus en plus de difficultés à travailler et que les artistes doivent se contenter de réseaux parallèles et souvent, faute de reconnaissance de rester en circuit fermé dans leur entourage proche.

6. Votre vœu culturel pour 2017 ?

Bien sûr une reconnaissance des musique en général et surtout de toutes les musiques du monde.
L’acceptation de la différence, une palette aux nombreuses couleurs est plus riche que le monochrome.
Qu’il y est une attention particulière aux jeunes artistes, aux petites structures qui travaillent avec foi et acharnement pour que les projets évoluent et perdurent.
Le respect des cultures et de tous ceux qui en sont les acteurs.

Ils sont déjà 2285 à avoir signé l’Appel, et vous ?