Patrick Duval – directeur du Rocher de Palmer, Bordeaux (33)

 1. Quel est votre métier et en quoi consiste t-il ?

Je suis directeur d’un équipement culturel implanté dans la banlieue de Bordeaux, le Rocher de Palmer, et responsable de la programmation. Mon métier aujourd’hui, c’est d’abord de coordonner le fonctionnement d’une équipe de 18 permanents, de faire évoluer le projet artistique, et de bâtir une programmation ouverte sur toutes les musiques, dont les musiques du monde sont le fil conducteur. 140 concerts par an, un festival d’été (le Festival des Hauts de Garonne), un festival itinérant ouvert sur des petites formes musicales (les Inédits de l’Eté), et, depuis un an, l’historique festival Musiques Métisses à Angoulême.

2. Qu’aimez-vous dans ce métier ?

Ce que j’aime, c’est d’abord découvrir, être surpris, écouter en boucle un album dont on n’arrive pas, subitement, à se séparer. Très vite, le plaisir est de partager ce bonheur, avec les autres, avec le public, avec le plus grand nombre. Pas envie, en tout cas, de garder une pépite pour moi.

3. Que représentent pour vous les musiques du monde (artistiquement, philosophiquement) ?

Les musiques du monde sont aujourd’hui l’espace de la diversité à plus d’un titre. Diversité des esthétiques bien sûr, tant ce vocable de « musiques du monde » recouvre des musiques très différentes, des musiques traditionnelles aux musiques métisses. C’est aussi cela, la richesse des musiques du monde. C’est aussi la diversité des personnes qu’elles touchent : populations issues de l’immigration, passionnés et curieux de la découverte, tous se retrouvent dans un grand melting pot de diversité et de mixité. A l’heure où le mot « médiation » est dans la bouche de tous les « opérateurs culturels », ces musiques sont en elles-mêmes un formidable outil de médiation, pour toucher le cœur et l’esprit.

4. En quoi votre profession et Zone Franche vous permettent-ils d’être un outil de la diversité culturelle ? Quel est le problème rencontré aujourd’hui dans votre secteur ?

Dans la période de trouble que nous traversons, la diffusion de ces musiques est fondamentale. Toutes les salles, par réflexe citoyen ou militant, devraient intégrer ces musiques dans leur programmation. Il est plus qu’urgent de sortir de « l’entre soi » et d’ouvrir les équipements culturels à l’ensemble de la population. Or ces musiques sont les seules à créer cet espace de mixité. Pourtant, elles sont bien absentes dans les programmations de la majorité des lieux de diffusion. Il ne s’agit pas d’organiser des concerts « communautaires ». Pour autant, au nom de l’égalité de traitement entre les cultures (et au nom des droits culturels de nos concitoyens, dont font partie celles et ceux arrivés plus ou moins récemment sur notre territoire), les artistes issus de cette diversité devraient pouvoir faire des concerts dans notre pays, ce qui est loin d’être le cas. C’est donc tout un pan de citoyens, français ou non, qui se retrouvent exclus de cette reconnaissance culturelle. Zone Franche nous permet d’échanger sur toutes ces questions, crée des relations entre les membres adhérents, facilite de l’échange d’information.

5. Votre vœu culturel pour 2017 ?

Pour 2017, espérons plus d’espaces (radio, télé, presse, concerts) pour les musiques du monde !

Ils sont déjà 2405 à avoir signé l’Appel, et vous ?